Estelle !

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Aujourd’hui, elle se leva de très bonne heure. Son réveil sonna à 6 H 30. Elle appuya machinalement sur le bouton de la sonnerie et mit la radio, choisissant une station entraînante avec un volume fort. Elle se leva, presque aussitôt après. Elle savait parfaitement qu’elle avait beaucoup à faire avant que ses premiers amis n’arrivent, ce soir, pour sa petite fête, pour son anniversaire ; avant qu’elle n’aille chercher Julien à la gare, à midi et qu’il passe avec elle tout un après-midi, espérant qu’il passera aussi toute la nuit. Après s’être douchée et avoir pris son petit déjeuner, elle commença par déplacer le canapé, replier la table du séjour, puis mettre en hauteur tout ce qui se trouvait au sol. Elle sortit un sceau, le remplit d’eau chaude, versa un grand jet de savon noir, liquide, et passa la bâche ; puis sans savoir pourquoi, elle s'assit, un peu rêveuse, à son bureau.

Lorsque, tout à coup, une vision lui est revenue, à la fois horrifiante et gorgée de plaisir. En effet, elle s’est soudainement rappelée, qu’il y a environ un mois, alors qu’elle travaillait dans la pénombre de son ordinateur, sur la rédaction d’un rapport de stage, qu’elle avait aperçu son voisin d’en face, un garçon brun, aux cheveux bouclés, torse nu, avec simplement une serviette autour de la taille, laissant néanmoins transparaître des fesses musclées. Elle s’était alors fait encore plus discrète et l’avait ainsi observé, pendant une heure durant, en train de préparer un repas, qui paraissait fort appétissant ; d’autant plus appétissant, comparé à son simple plat de pâtes au beurre, qu’elle avait vite préparé et dont elle n’avait grignoté que quelques fourchetées et qui maintenant était refroidi, depuis déjà plusieurs minutes. Alors qu’elle avait ce rapport à finir, elle était comme obnubilée par ce garçon, à demi-nu et qui lui faisait tant envie.

Son esprit était déjà bien loin. En un éclair, il avait littéralement occulté tout le travail en retard, et de ce fait, il avait su redonner vie à cette mine, qui, il faut bien l’admettre, était complètement défaite – résultat d’une journée commencée à 4 H du matin, sans prendre de douche, sans s’être maquillée, ni même coiffée. L’instant d’après, elle avait survolé la circulation, qui était pourtant en permanence dense, pour passer de l’autre côté de la rue et se retrouver devant sa porte. Sans aucune hésitation et sans non plus prendre soin de sonner, elle poussa la porte de chez cet inconnu, qui étrangement n’était pas fermée à clé. Elle entra sans s’annoncer, se sentant parfaitement à l’aise, bien plus même, qu’elle ne pouvait l’être chez elle. Sans être jamais allé chez lui auparavant, elle se dirigea correctement jusqu’à la cuisine et le vit de dos en train d’effiler des oignons. C’est alors qu’elle s’aperçut que la serviette qui le ceinturait à la taille, n’était pas suffisamment longue et laissait apparaître une fesse effectivement bien musclée, ainsi qu’une charmante petite dépression, formant une fossette dans la partie latérale proche de la hanche.

C’est alors qu’il se retourna et la vit vêtue modestement que d’un pull-over à larges mailles, laissant transparaître une peau pâle, avec deux zones auréolées, rosées, réparties de part et d’autre du buste, à l’emplacement même des aréoles des seins. Ce même pull-over descendait jusqu’à la naissance des cuisses, couvrant à peine une zone assombrie du bas du ventre. Il posa le couteau, dont la lame était effilée, sur la planche à découper et se dirigea vers elle. Elle, dans le même temps, après s’être remise de ses émotions d’avoir non seulement vu cette fesse, nue, mais qui de surcroît répondait à ce critère si particulier d’être entaillée d’une envoûtante fossette sur le côté, s’avança également dans la direction du beau jeune homme brun. Sans se dire un seul mot, ils s’embrassèrent tendrement, puis frénétiquement. Très vite, il la déshabilla ; lui ôta, avec l’agilité d’une expérience parfaitement maîtrisée, le seul vêtement qui couvrait que très partiellement sa nudité ; et mit à jour, un corps au teint pâlescent, et des seins timides. Il l’enlaça de ses bras virils et la rassura, et diminua ses tremblements. Il comprit, sans qu’elle n’eut besoin de lui dire, que c’était pour elle la première fois, qu’elle allait se donner à un homme et convier son corps à un autre corps. Il ne lui laissa pas l’instant de reprendre son souffle, de crainte qu’elle n’en profita pour susurrer quelques mots et que parmi ceux-ci, elle finisse par exprimer sa peur. Il ne savait que trop bien à quel point elle avait peur. Il savait qu’elle était à l’instant même, alors qu’elle allait achever son travail de métamorphose par le début d’un nouvel apprentissage, en train de se poser des questions qui revenaient de manière récurrente et qui, de toute façon, n’avaient pas de réponses possibles avec des mots, mais ne trouveraient de solutions que dans les actes, dans l’accomplissement d’une sorte de voie tracée, pas encore totalement défrichée, pas entièrement ouverte, et qu’il faudra emprunter un jour, que ce soit maintenant ou plus tard, mais sans laquelle, le voyage perdrait inexorablement et considérablement de sa saveur et deviendrait vite, très fade. C’était pour cela qu’il ne voulait pas lui laisser un instant de répit et qu’il jouait de ses baisers.

Elle était nue. Mais elle paraissait bien, au moins autant que peut l’être une jeune fille qui s’apprête, sans réellement s’y être préparé, à jouer aux jeux sulfureux de l’amour, pour la première fois. Il la regarda un instant, découvrit son visage d’ange, avec l’esquisse d’un timide sourire du coin des lèvres et des yeux, qui montraient à la fois, une énorme attente et un immense désir, mais qui malgré tout laissaient deviner la naissance d’une larme, qui jamais ne coulera, mais qui retournera finalement de là où elle prit naissance, à savoir au fond de l’œil.

Oh quelle était belle !

Elle resta debout, face à lui, immobile, comme pétrifiée par la peur ; la peur de mal faire, et la peur de faire mal ; la peur d’avoir mal ou peut-être trop de bien ; la peur de plaire, déplaire ; et encore, la peur des plaisirs, du plaisir ou déplaisir. Pouvait-elle enfin goûter aux joies et aux peines de prendre du plaisir ? Car elle savait bien que le plaisir auquel elle allait s’adonner, allait de ce fait, la propulser dans l’autre catégorie, qu’elle ne pourrait plus revenir en arrière, plus jamais. Car une fois la porte franchie, il n’est plus question de demeurer dans ce monde confortable d’enfant, mais il lui faudra dorénavant cohabiter avec son nouveau statut d’adulte. Était-ce vraiment ce qu’elle voulait ? N’était-ce pas encore trop tôt pour elle ? Certes, son corps était maintenant formé et il lui fallait vivre au rythme des cycles de vies, avec cette nouvelle enveloppe. Certes, sa poitrine, même dissimulée sous des pull-overs et autres sweat-shirts, attirait de plus en plus le regard, parfois trop maintenu des garçons de la faculté. Mais était-elle prête à franchir, aujourd’hui, comme cela, dans ces conditions, si vite et avec ce garçon qu’elle ne connaissait pas, une étape aussi importante ? Peut-être ! En fait, elle n’en avait bien évidemment pas la moindre idée ! Voilà un florilège des questions, que malgré tous les efforts, que déployait le jeune garçon, elle se posait sans cesse, et avec il est vrai, une intensité accrue depuis qu’il s’était agenouillé.

Il avait maintenant sa tête à hauteur de sa hanche. Il approcha son visage délicatement près du sexe d’Estelle. Pour éviter qu’elle ne recule, il l’avait progressivement placée devant la table de la cuisine et pour s’assurer qu’elle ne s’échappera pas, il la tenait avec ses deux mains au niveau des fesses. Pour ne pas trop l’effrayer, mais lui donner au contraire l’envie de s’ouvrir complètement à lui, il préféra les baisers suaves et humides passant de la périphérie jusqu’à atteindre les lèvres, plutôt que, directement, l’étreinte physique, pour laquelle manifestement, elle était venue.

Peu à peu, il desserra l’enclave que formaient ses deux bras prolongés par les mains généreusement écartées. Il se décala légèrement, sur un côté, pour se libérer un bras et s’aider dans sa conquête, tout d’abord d’un doigt, le majeur, puis y adjoint l’index. Alors que ses mains au départ repoussaient régulièrement la sienne – interrompant par instants, la chaleur qui montait en elle, liée à ce qu’elle appela un échauffement physique mais qui s’avérait être également biologique et une explosion psychologique – leur permettant, à tous deux, de profiter de ce moment d’accalmie, pour mieux se connaître physiquement et goûter, humer, s’enivrer du corps de l’autre ; désormais, c’était soit l’une ou l’autre, ou bien encore les deux mains d’Estelle, qui venaient appuyer, et forcer, puis enfoncer encore plus profond la main de cet homme. Il changea alors le majeur au profit du pouce. Ce changement de stratégie devait lui permettre une meilleure prise. Elle prenait, à l’instant même un plaisir si intense et si violent que ses peurs et toutes ses interrogations avaient subitement volé en éclats. Elle était nulle part, intemporelle et immatérielle, abstraite, avec cependant un plaisir, lui, tellement concret. Jamais, auparavant, elle n’avait connu une telle sensation. Jamais d’ailleurs, malgré tout ce que ses amies avaient pu lui raconter sur leurs propres expériences en matière d’amour, de garçons et de sexe, elle n’aurait pu imaginer que ce fut d’une telle intensité. Et pourtant, elle n’en était restée pour le moment qu’aux préliminaires !

Comment allait-elle alors réagir lorsqu’elle allait ouvrir son corps pleinement, pour qu’il entre, cette fois, réellement en elle ? Elle n’eut pas tôt fini de se poser cette question, qu’il l’enlaça, la saisit fermement et l’assit sur le plan de travail. Il l’embrassa de nouveau, mais, cette fois, elle se laissa parfaitement manipuler, si bien qu’il pouvait mettre ses jambes comme il le souhaitait. Ce fut d’ailleurs ce qu’il fit, et elle suivait, accompagnait chacun de ses mouvements. Il lui écarta les jambes, et la rapprocha d’un seul geste, très sec et vif, jusqu’à ce qu’elle soit intimement collée à lui. Un peu comme un de ses réflexes ancestraux d’agrippement, elle enserra ses jambes autour de sa taille et positionna ses deux mains tout d’abord derrière son cou, puis lui caressa le visage, et passa la main dans ses cheveux. A chaque fois, ses gestes étaient entrecoupés, rythmés par des gémissements ou des cris qui venaient ponctuer chaque coup de rein et chaque échange de baisers.

Lorsque tout à coup, elle sentit un liquide couler lentement entre ses jambes. Une impression d’humidité se fit ressentir de manière insistante, inquiétante. Elle sentit qu’elle était assise sur du bois et l’humidité qu’elle ressentait, n’était somme toutes que la conséquence logique de l’étreinte qu’elle venait de vivre. Pourtant, elle sentait toujours le garçon en elle ! Soudain, un scintillement, suivi d’un son attirèrent son attention. Elle ouvrit les yeux et constata. Ou plutôt, elle vit avec stupeur et désolation la réalité de la scène. Et pour sûr ! Elle avait nullement l’envie de rire du grotesque de la situation dans laquelle elle venait à l’instant d’être projetée. Pourquoi lui avoir fait cela à elle ? Ne mérite-t-elle pas, elle aussi, de pouvoir accéder, comme c’était le cas il y a encore quelques minutes, à un tel plaisir ? Pourtant, elle était arrivée si prêt de ce but ultime !

Qu’est-ce qui avait bien pu l’amener jusqu’à l’appartement de cet homme ? Elle l’avait tout simplement vu en train de faire la cuisine, alors qu’il n’était vêtu que d’une serviette de bain le ceinturant à la taille, et qu’elle était devant l’écran de son ordinateur, avec un plat de nouilles refroidies posé sur le rebord du bureau, et qu’elle essayait sans réel succès, par tous les moyens, à clôturer un rapport de stage, qu’elle avait à rendre pour le lendemain.

Quelle ne fut pas en effet sa déception, lorsque avant d’ouvrir les yeux, elle resserra ses jambes et ne sentit aucune résistance. Il fallait se rendre à l’évidence, des histoires aussi belles, fortes et vraies, que celle qu’elle venait de vivre à l’instant, ce n’était décidément pas pour elle. Ainsi, lorsqu’elle ouvrit, anxieuse, les yeux, elle prit conscience de la gravité de la situation. Elle comprit d’autant mieux l’ampleur de sa désillusion lorsqu’elle retira, avec il est vrai beaucoup d’émotion, de doute entremêlé de tristesse, sa main d’entre ses jambes, et qu’elle sentit quatre doigts glisser le long de son pubis et son pouce émerger progressivement de dans son corps. Elle était tout simplement, misérablement, assise devant son ordinateur. La lumière qui scintillait, puis le son qui l’avait sortie de cet état si plaisant, d’une totale exaltation, n’étaient rien d’autre que le résultat de l’alerte de sa boîte de messagerie électronique, qui l’informait, qu’elle venait de recevoir un nouveau message. Ainsi, rien de tout cela ne s’était donc réellement passé. Ou du moins, elle comprit, par la force des choses, qu’elle venait de vivre, un véritable rêve érotique, et que rien de tout cela n’avait été réel. Certes, elle venait pourtant bien de connaître un plaisir, qu’elle n’avait jamais ne serait-ce qu’effleurer du bout du doigt ; mais ce plaisir, pour son plus grand malheur, ne provenait pas, comme elle l’avait rêvé, d’un sexe, d’un homme, qui aurait su la comprendre, la rassurer pour pouvoir mieux la prendre, comme elle l’a toujours espéré ; mais beaucoup moins poétique, ce plaisir, aussi incommensurable ait-il pu être, n’a jamais été procuré que par une vulgaire main, et en plus des plus banales, puisqu’il s’agissait de la sienne.

Elle était effectivement vêtue uniquement de ce vieux chandail, dont les mailles étaient visiblement très larges, pour ne pas dire lâches, et qui laissait manifestement sortir ses bouts de seins, et qui recouvrait à peine les fesses, laissant découvrir son galbe. Heureusement, étant assise à son bureau, d’où elle était, son voisin ne pouvait l’avoir vu s’adonner à cet auto plaisir solitaire. Elle était restée plus de trois heures, dans cet état d’intentions inconscientes ou d’inconscience peut-être intentionnelle. Ces trois heures, passées à vivre virtuellement, une situation impensable, mais où elle avait été placée au premier plan et dont elle avait été une investigatrice attentive et très active, étaient peut-être l’explication à un tel plaisir, jamais égalé jusqu’à maintenant.

C’est alors, qu’assise devant son bureau, le sol encore humide, dû à la bâche qu’elle venait de passer, elle reprit conscience, et se fit la réflexion, qu’elle ne pouvait pas laisser son bureau, ici, à cette place, devant la fenêtre ; sans quoi, elle aurait toujours la vision de cet homme, à demi-nu, en face, sa propre main, ses jambes, ses suées, et cette triste chaise en bois. Heureusement, Julien devait arriver bientôt et il pourrait l’aider à déplacer cet objet de souffrance, son fardeau, ce lourd bureau et en profiter également pour jeter cette sordide chaise en bois. Elle avait tant attendu cette journée, elle espérait tant de cet après-midi avec Julien, de cette nuit tant rêvée, qu’elle voulait que tout soit parfait.