L'écriture comme une seconde Nature

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mardi 6 juillet 2010

Gueule de bois

Rien n'avait commencé et pourtant tout finissait déjà !

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jeudi 21 mai 2009

Entre tes lèvres tu le tiendras

Ma chérie, j'aurai tant aimé pouvoir te dire toutes ces choses bien plus tard ou autrement, mais voilà, on ne choisit pas toujours ...

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mercredi 16 janvier 2002

En Sursis

En Sursis

Le 16 janvier 2002, 22h24 – 1h Le 24 janvier 2002, 5h10 –

Les employés étaient en sursis. Ils avaient jusqu’à vendredi. Au-delà…

Le journaliste l’avait annoncé comme cela, au milieu d’autres nouvelles du monde, de faits de société, et de banalités diverses. Ces hommes, ces femmes n’avaient plus que quelques jours à vivre, biens courts, pour pouvoir remédier à leur sort.

Le journaliste a indiqué que le parc botanique et zoologique était désormais entièrement et définitivement fermé. Bien sûr, des rumeurs avaient déjà laissé entendre que le parc était déficitaire, que la direction pensait d’avantage à dépenser le peu d’argent que les institutions donnaient chaque année plutôt que de faire d’habiles placements en bourse. Mais tout cela n’étais jamais resté qu’au niveau des rumeurs ou des “on-dit”. Cette fois, les choses n’étaient plus pareilles. La télé venait de le dire ! Donc, c’était vrai ! Tout ce qui avait été dis pendant tous ces mois reposait, par conséquent, sur des faits, bel et bien réels ; la preuve la plus indéniable en était ainsi faite. Démonstration flagrante du bien fondé de la “ vox populi ”. Une fois de plus, le proverbe disant : “ il n’y a pas de fumée sans feu ”, se vérifiait !

Le journaliste, tout aussi naturellement, qu’il aurait décrit la fermeture d’une école pour cause de grande vacance, de vacances scolaires d’été, décrit froidement les circonstances qui avaient mené à une telle décision.

La liquidation judiciaire avait été prononcée. Et une de plus, pouvait-on se dire ! Ce n’était jamais qu’une liquidation de plus, une parmi tant d’autres. Depuis déjà longtemps on ne prêtait plus vraiment attention aux routinières annonces de liquidation judiciaire des entreprises françaises. Même les plus prestigieuses, les plus flamboyantes avaient eut à subir une telle indignation d’un système marche ou crève, plaçant le profit immédiat et général au-dessus de tout. Mais cette fois, il ne s’agissait pas uniquement de la simple fermeture d’une entreprise et de son lot quotidien de licenciements. Non, c’était bien plus grave ou minable, tant le ridicule était grand. Pourtant il ne s’agissait en rien d’une plaisanterie ou d’une petite phrase, comme cela, dite en l’air, sans qu’on n’y prête plus attention que cela ne nécessitait.

Le journaliste aurait aussi bien pu dire : jetés ou bien encore, détruits, voire même, mis au rebut. Il aurait tout aussi simplement pu dire, que les repreneurs souhaitaient se défaire ou ne pas s’encombrer, de l’ancien personnel. Mais, le journaliste, ce soir-là, n’utilisa pas n’importe quel mot, sorti au hasard de son vocabulaire richement fourni. Non. Il tint un discours sans la moindre hésitation, ni laisser transparaître la moindre émotion. En y repensant, il aurait été parfaitement légitime d’attendre du présentateur du journal télévisé, régional, de 19h53, qu’il marquât un peu de compassion, tout au moins, dans le son de sa voix, dans l’intonation qu’il utilisa ou encore dans le rythme de son phrasé. Mais non, rien.

Peut-être n’avait-il pas le droit d’être humain ? Et lui demandait-on uniquement d’informer le grand public. Sans prendre partie. Jamais. Mais les mots étaient là. Et à eux seuls, ils en disaient bien plus long que toutes explications, même les plus complètes et complexes.

Le journaliste dit tout bonnement que si d’ici à vendredi prochain, aucune entreprise n’avait repris le personnel, les cent cinquante hommes et femmes, qui travaillaient pour le parc botanique et/ou zoologique, allaient être exécutés. Dans son rapport, il omit curieusement, de mentionner les date, heure et lieu de cette exécution sursitaire, suspendue au bon vouloir d’une poignée de compagnies gestionnaires de portefeuilles des petits porteurs américains – comme il en est toujours le cas. Cette information était pourtant capitale pour les téléspectateurs, pour qu’ils aient une information complète et objective ; surtout pour qui souhaiterait assister à un tel événement local, là, à porter de main ; tout comme on assisterait à un spectacle, une exposition d’art ou une manifestation folklorique parce qu’on en a entendu parlé à la télévision, lors de l’édition régionale.

En fait de cynisme, les détails étaient affligeants. Suite à la proclamation de liquidation judiciaire, les biens avisés se sont rués sur l’aubaine. Il y avait déjà des repreneurs pour les bâtiments. Les plantes ont été les premiers biens repris. A tel point qu’il a fallut faire appel aux forces de l’ordre pour permettre une marche normale aux opérations. Il faut ainsi croire, que les plantes représentaient un attrait tout particulier et qu’il sera relativement facile à ces nouveaux acquéreurs de réaliser une plus value rentable – suite au malheur des autres. C’est en fait toujours la même litanie, le malheur des uns fait indéniablement la richesse des autres. Toutes les plantes n’ont cependant pas été achetées par un seul et même acquéreur. De superbes Broméliacées vont ainsi aller grandir une collection déjà fleurissante du parc botanique de Glasgow. Les animaux quant à eux vont être transférés dans différents parcs, animaleries ou bien encore laboratoires. Une chose est sûre, tous n’auront pas du tout le même avenir et beaucoup risquent de regretter le confort non négligeable dont ils bénéficiaient, avec un aménagement personnalisé en fonction de l’espèce occupante. Tous les décors ont eux-mêmes été reclassé et ils vont être réutilisés dans d’autres circonstances que celles pour lesquels ils ont été initialement pensés. Le petit matériel fera le bonheur d’autres centres pour animaux. Des directeurs de laboratoires ont profités de cette aubaine pour venir faire leur marcher. Jamais ils n’avaient été en mesure de pouvoir se payer un tel matériel leur faisant parfaitement défaut et ce pour un prix très modique voire même tout à fait dérisoire. Les cages, avec leurs systèmes spécifiques de contention, très prisées par les laboratoires de la recherche nationale, n’ont fait que frire. Tous se sont littéralement jetés sur ces cages, mieux encore que ne l’aurait fait un essaim d’abeilles sur une nappe de miel. Une nuée de petits hommes en blouse blanche tous se ruant sur un même objet. C’est tellement rare de les voir s’exprimer et qu’ils se battent pour ce qu’ils croient être justes. Mais bien moins juste que leur maigre, pour ne pas dérisoire budget annuel, sensé leur permettre de mener à bien des programmes de recherches à visés internationales, le plus souvent. Alors, on peut comprendre l’attitude peu humaine qu’a manifestée ces rats de laboratoire. Le plus gros matériel quant à lui fera l’objet d’une vente un peu plus digne de ce nom. Ce sera une braderie, bien entendu, dans ces cas, le commissaire est nettement moins préoccupé par la somme globale qu’il va pouvoir totaliser, mais un souci que tout disparaisse vite et bien, peu importe le prix. De toutes façons, l’ensemble de toutes ces ventes ne viendra, comme toujours que couvrir à peine les 10% de dettes, comme d’habitude. Alors à quoi bon perdre son temps, demain sera un tout autre jour avec son lot quotidien de nouvelles liquidations qu’il faudra liquider justement au plus vite pour faire face aux suivantes et ainsi de suite. Ainsi va le hangar d’un commissaire-priseur !

Le bâtiment quant à lui a la grande chance de s’être fait racheter par un grand groupe financier omni interventionniste. Cet achat sera nul doute, l’occasion pour ce groupe de réaliser une nouvelle plus-value immobilière impensable et même indécente. Bien entendu, les bâtiments ne vont pas être conservés tels quels. Toutes les infrastructures, aussi originales soient-elles vont être très rapidement détruites. Une zone de plusieurs hectares va ainsi être tout bonnement rasée. Nul besoin d’être devin pour deviner qu’ils vont bientôt proposer une résidence immobilière flambant neuve, avec courts de tennis, salles de remise en forme pour femme coquettes de leur corps flétri et indispensables hammam et saunas, sans lesquels nul centre ne peut exister de nos jours.

Pleins de projets sont donc en vue à court, moyen ou long terme et on pourrait se dire que finalement la fermeture de ces parcs botaniques et zoologiques n’est pas si négative que cela. Peut-être en effet ! Mais ce serait faire fi d’un mammouth agréable qui permet tant que bien de montrer à nos enfants la nature dans toute sa splendeur et de mieux appréhender toute sa complexité. Mais, une fois de plus la pression mercantile l’aura emportée sur la sensibilisation des plus jeunes d’entre nous au respect de la nature et ainsi avoir une première vraie approchez avec les grandes questions d’écologie, qu’elle soit locale ou globale. En fermant ces parcs, c’est non seulement un peu d’espace vert qui s’envole au profit du béton, mais c’est surtout un peu notre âme d’enfant qui allions, principalement le week-end découvrir l’infini beauté de la nature. Et même si cette nature n’était somme toute qu’une nature artificiellement reconstituée, elle nous en donnait une parfaite illusion.

Mais le plus grave était cette décision, suspendue à la seule décision du tribunal de commerce. Personne ne veut reprendre le personnel. Le personnel est devenu obsolète, il a même tout récemment été déclaré inutilisable. Certains sont même allés jusqu’à proposer que le personnel était non reclassable, car contaminé par une trop longue période dans cette même entreprise. Ainsi plutôt que de s’encombrer de ces 150 poids morts, une solution ultime a été proposée sans crier gare. Le plus surprenant est que cette mesure ne semble pas attirer les foudres ni des syndicats qui ont oubliés de réagir à ce sujet, ni des comités de défense des chômeurs et de lutte contre la précarité.

Pourrait-on aller jusqu’à dire que cette solution soit consensuelle ? Ne savant plus que faire de tous ces licenciés qui viennent grossir chaque jour le nombre de chômeurs et encombrent les files d’attente des demandeurs d’emploi, l’exécution des indésirables est peut-être moins choquante que l’idée de survivre médiocrement du RMI ?

mercredi 28 février 2001

Estelle !

Estelle !

2 498 Mots

Aujourd’hui, elle se leva de très bonne heure. Son réveil sonna à 6 H 30. Elle appuya machinalement sur le bouton de la sonnerie et mit la radio, choisissant une station entraînante avec un volume fort. Elle se leva, presque aussitôt après. Elle savait parfaitement qu’elle avait beaucoup à faire avant que ses premiers amis n’arrivent, ce soir, pour sa petite fête, pour son anniversaire ; avant qu’elle n’aille chercher Julien à la gare, à midi et qu’il passe avec elle tout un après-midi, espérant qu’il passera aussi toute la nuit. Après s’être douchée et avoir pris son petit déjeuner, elle commença par déplacer le canapé, replier la table du séjour, puis mettre en hauteur tout ce qui se trouvait au sol. Elle sortit un sceau, le remplit d’eau chaude, versa un grand jet de savon noir, liquide, et passa la bâche ; puis sans savoir pourquoi, elle s'assit, un peu rêveuse, à son bureau.

Lorsque, tout à coup, une vision lui est revenue, à la fois horrifiante et gorgée de plaisir. En effet, elle s’est soudainement rappelée, qu’il y a environ un mois, alors qu’elle travaillait dans la pénombre de son ordinateur, sur la rédaction d’un rapport de stage, qu’elle avait aperçu son voisin d’en face, un garçon brun, aux cheveux bouclés, torse nu, avec simplement une serviette autour de la taille, laissant néanmoins transparaître des fesses musclées. Elle s’était alors fait encore plus discrète et l’avait ainsi observé, pendant une heure durant, en train de préparer un repas, qui paraissait fort appétissant ; d’autant plus appétissant, comparé à son simple plat de pâtes au beurre, qu’elle avait vite préparé et dont elle n’avait grignoté que quelques fourchetées et qui maintenant était refroidi, depuis déjà plusieurs minutes. Alors qu’elle avait ce rapport à finir, elle était comme obnubilée par ce garçon, à demi-nu et qui lui faisait tant envie.

Son esprit était déjà bien loin. En un éclair, il avait littéralement occulté tout le travail en retard, et de ce fait, il avait su redonner vie à cette mine, qui, il faut bien l’admettre, était complètement défaite – résultat d’une journée commencée à 4 H du matin, sans prendre de douche, sans s’être maquillée, ni même coiffée. L’instant d’après, elle avait survolé la circulation, qui était pourtant en permanence dense, pour passer de l’autre côté de la rue et se retrouver devant sa porte. Sans aucune hésitation et sans non plus prendre soin de sonner, elle poussa la porte de chez cet inconnu, qui étrangement n’était pas fermée à clé. Elle entra sans s’annoncer, se sentant parfaitement à l’aise, bien plus même, qu’elle ne pouvait l’être chez elle. Sans être jamais allé chez lui auparavant, elle se dirigea correctement jusqu’à la cuisine et le vit de dos en train d’effiler des oignons. C’est alors qu’elle s’aperçut que la serviette qui le ceinturait à la taille, n’était pas suffisamment longue et laissait apparaître une fesse effectivement bien musclée, ainsi qu’une charmante petite dépression, formant une fossette dans la partie latérale proche de la hanche.

C’est alors qu’il se retourna et la vit vêtue modestement que d’un pull-over à larges mailles, laissant transparaître une peau pâle, avec deux zones auréolées, rosées, réparties de part et d’autre du buste, à l’emplacement même des aréoles des seins. Ce même pull-over descendait jusqu’à la naissance des cuisses, couvrant à peine une zone assombrie du bas du ventre. Il posa le couteau, dont la lame était effilée, sur la planche à découper et se dirigea vers elle. Elle, dans le même temps, après s’être remise de ses émotions d’avoir non seulement vu cette fesse, nue, mais qui de surcroît répondait à ce critère si particulier d’être entaillée d’une envoûtante fossette sur le côté, s’avança également dans la direction du beau jeune homme brun. Sans se dire un seul mot, ils s’embrassèrent tendrement, puis frénétiquement. Très vite, il la déshabilla ; lui ôta, avec l’agilité d’une expérience parfaitement maîtrisée, le seul vêtement qui couvrait que très partiellement sa nudité ; et mit à jour, un corps au teint pâlescent, et des seins timides. Il l’enlaça de ses bras virils et la rassura, et diminua ses tremblements. Il comprit, sans qu’elle n’eut besoin de lui dire, que c’était pour elle la première fois, qu’elle allait se donner à un homme et convier son corps à un autre corps. Il ne lui laissa pas l’instant de reprendre son souffle, de crainte qu’elle n’en profita pour susurrer quelques mots et que parmi ceux-ci, elle finisse par exprimer sa peur. Il ne savait que trop bien à quel point elle avait peur. Il savait qu’elle était à l’instant même, alors qu’elle allait achever son travail de métamorphose par le début d’un nouvel apprentissage, en train de se poser des questions qui revenaient de manière récurrente et qui, de toute façon, n’avaient pas de réponses possibles avec des mots, mais ne trouveraient de solutions que dans les actes, dans l’accomplissement d’une sorte de voie tracée, pas encore totalement défrichée, pas entièrement ouverte, et qu’il faudra emprunter un jour, que ce soit maintenant ou plus tard, mais sans laquelle, le voyage perdrait inexorablement et considérablement de sa saveur et deviendrait vite, très fade. C’était pour cela qu’il ne voulait pas lui laisser un instant de répit et qu’il jouait de ses baisers.

Elle était nue. Mais elle paraissait bien, au moins autant que peut l’être une jeune fille qui s’apprête, sans réellement s’y être préparé, à jouer aux jeux sulfureux de l’amour, pour la première fois. Il la regarda un instant, découvrit son visage d’ange, avec l’esquisse d’un timide sourire du coin des lèvres et des yeux, qui montraient à la fois, une énorme attente et un immense désir, mais qui malgré tout laissaient deviner la naissance d’une larme, qui jamais ne coulera, mais qui retournera finalement de là où elle prit naissance, à savoir au fond de l’œil.

Oh quelle était belle !

Elle resta debout, face à lui, immobile, comme pétrifiée par la peur ; la peur de mal faire, et la peur de faire mal ; la peur d’avoir mal ou peut-être trop de bien ; la peur de plaire, déplaire ; et encore, la peur des plaisirs, du plaisir ou déplaisir. Pouvait-elle enfin goûter aux joies et aux peines de prendre du plaisir ? Car elle savait bien que le plaisir auquel elle allait s’adonner, allait de ce fait, la propulser dans l’autre catégorie, qu’elle ne pourrait plus revenir en arrière, plus jamais. Car une fois la porte franchie, il n’est plus question de demeurer dans ce monde confortable d’enfant, mais il lui faudra dorénavant cohabiter avec son nouveau statut d’adulte. Était-ce vraiment ce qu’elle voulait ? N’était-ce pas encore trop tôt pour elle ? Certes, son corps était maintenant formé et il lui fallait vivre au rythme des cycles de vies, avec cette nouvelle enveloppe. Certes, sa poitrine, même dissimulée sous des pull-overs et autres sweat-shirts, attirait de plus en plus le regard, parfois trop maintenu des garçons de la faculté. Mais était-elle prête à franchir, aujourd’hui, comme cela, dans ces conditions, si vite et avec ce garçon qu’elle ne connaissait pas, une étape aussi importante ? Peut-être ! En fait, elle n’en avait bien évidemment pas la moindre idée ! Voilà un florilège des questions, que malgré tous les efforts, que déployait le jeune garçon, elle se posait sans cesse, et avec il est vrai, une intensité accrue depuis qu’il s’était agenouillé.

Il avait maintenant sa tête à hauteur de sa hanche. Il approcha son visage délicatement près du sexe d’Estelle. Pour éviter qu’elle ne recule, il l’avait progressivement placée devant la table de la cuisine et pour s’assurer qu’elle ne s’échappera pas, il la tenait avec ses deux mains au niveau des fesses. Pour ne pas trop l’effrayer, mais lui donner au contraire l’envie de s’ouvrir complètement à lui, il préféra les baisers suaves et humides passant de la périphérie jusqu’à atteindre les lèvres, plutôt que, directement, l’étreinte physique, pour laquelle manifestement, elle était venue.

Peu à peu, il desserra l’enclave que formaient ses deux bras prolongés par les mains généreusement écartées. Il se décala légèrement, sur un côté, pour se libérer un bras et s’aider dans sa conquête, tout d’abord d’un doigt, le majeur, puis y adjoint l’index. Alors que ses mains au départ repoussaient régulièrement la sienne – interrompant par instants, la chaleur qui montait en elle, liée à ce qu’elle appela un échauffement physique mais qui s’avérait être également biologique et une explosion psychologique – leur permettant, à tous deux, de profiter de ce moment d’accalmie, pour mieux se connaître physiquement et goûter, humer, s’enivrer du corps de l’autre ; désormais, c’était soit l’une ou l’autre, ou bien encore les deux mains d’Estelle, qui venaient appuyer, et forcer, puis enfoncer encore plus profond la main de cet homme. Il changea alors le majeur au profit du pouce. Ce changement de stratégie devait lui permettre une meilleure prise. Elle prenait, à l’instant même un plaisir si intense et si violent que ses peurs et toutes ses interrogations avaient subitement volé en éclats. Elle était nulle part, intemporelle et immatérielle, abstraite, avec cependant un plaisir, lui, tellement concret. Jamais, auparavant, elle n’avait connu une telle sensation. Jamais d’ailleurs, malgré tout ce que ses amies avaient pu lui raconter sur leurs propres expériences en matière d’amour, de garçons et de sexe, elle n’aurait pu imaginer que ce fut d’une telle intensité. Et pourtant, elle n’en était restée pour le moment qu’aux préliminaires !

Comment allait-elle alors réagir lorsqu’elle allait ouvrir son corps pleinement, pour qu’il entre, cette fois, réellement en elle ? Elle n’eut pas tôt fini de se poser cette question, qu’il l’enlaça, la saisit fermement et l’assit sur le plan de travail. Il l’embrassa de nouveau, mais, cette fois, elle se laissa parfaitement manipuler, si bien qu’il pouvait mettre ses jambes comme il le souhaitait. Ce fut d’ailleurs ce qu’il fit, et elle suivait, accompagnait chacun de ses mouvements. Il lui écarta les jambes, et la rapprocha d’un seul geste, très sec et vif, jusqu’à ce qu’elle soit intimement collée à lui. Un peu comme un de ses réflexes ancestraux d’agrippement, elle enserra ses jambes autour de sa taille et positionna ses deux mains tout d’abord derrière son cou, puis lui caressa le visage, et passa la main dans ses cheveux. A chaque fois, ses gestes étaient entrecoupés, rythmés par des gémissements ou des cris qui venaient ponctuer chaque coup de rein et chaque échange de baisers.

Lorsque tout à coup, elle sentit un liquide couler lentement entre ses jambes. Une impression d’humidité se fit ressentir de manière insistante, inquiétante. Elle sentit qu’elle était assise sur du bois et l’humidité qu’elle ressentait, n’était somme toutes que la conséquence logique de l’étreinte qu’elle venait de vivre. Pourtant, elle sentait toujours le garçon en elle ! Soudain, un scintillement, suivi d’un son attirèrent son attention. Elle ouvrit les yeux et constata. Ou plutôt, elle vit avec stupeur et désolation la réalité de la scène. Et pour sûr ! Elle avait nullement l’envie de rire du grotesque de la situation dans laquelle elle venait à l’instant d’être projetée. Pourquoi lui avoir fait cela à elle ? Ne mérite-t-elle pas, elle aussi, de pouvoir accéder, comme c’était le cas il y a encore quelques minutes, à un tel plaisir ? Pourtant, elle était arrivée si prêt de ce but ultime !

Qu’est-ce qui avait bien pu l’amener jusqu’à l’appartement de cet homme ? Elle l’avait tout simplement vu en train de faire la cuisine, alors qu’il n’était vêtu que d’une serviette de bain le ceinturant à la taille, et qu’elle était devant l’écran de son ordinateur, avec un plat de nouilles refroidies posé sur le rebord du bureau, et qu’elle essayait sans réel succès, par tous les moyens, à clôturer un rapport de stage, qu’elle avait à rendre pour le lendemain.

Quelle ne fut pas en effet sa déception, lorsque avant d’ouvrir les yeux, elle resserra ses jambes et ne sentit aucune résistance. Il fallait se rendre à l’évidence, des histoires aussi belles, fortes et vraies, que celle qu’elle venait de vivre à l’instant, ce n’était décidément pas pour elle. Ainsi, lorsqu’elle ouvrit, anxieuse, les yeux, elle prit conscience de la gravité de la situation. Elle comprit d’autant mieux l’ampleur de sa désillusion lorsqu’elle retira, avec il est vrai beaucoup d’émotion, de doute entremêlé de tristesse, sa main d’entre ses jambes, et qu’elle sentit quatre doigts glisser le long de son pubis et son pouce émerger progressivement de dans son corps. Elle était tout simplement, misérablement, assise devant son ordinateur. La lumière qui scintillait, puis le son qui l’avait sortie de cet état si plaisant, d’une totale exaltation, n’étaient rien d’autre que le résultat de l’alerte de sa boîte de messagerie électronique, qui l’informait, qu’elle venait de recevoir un nouveau message. Ainsi, rien de tout cela ne s’était donc réellement passé. Ou du moins, elle comprit, par la force des choses, qu’elle venait de vivre, un véritable rêve érotique, et que rien de tout cela n’avait été réel. Certes, elle venait pourtant bien de connaître un plaisir, qu’elle n’avait jamais ne serait-ce qu’effleurer du bout du doigt ; mais ce plaisir, pour son plus grand malheur, ne provenait pas, comme elle l’avait rêvé, d’un sexe, d’un homme, qui aurait su la comprendre, la rassurer pour pouvoir mieux la prendre, comme elle l’a toujours espéré ; mais beaucoup moins poétique, ce plaisir, aussi incommensurable ait-il pu être, n’a jamais été procuré que par une vulgaire main, et en plus des plus banales, puisqu’il s’agissait de la sienne.

Elle était effectivement vêtue uniquement de ce vieux chandail, dont les mailles étaient visiblement très larges, pour ne pas dire lâches, et qui laissait manifestement sortir ses bouts de seins, et qui recouvrait à peine les fesses, laissant découvrir son galbe. Heureusement, étant assise à son bureau, d’où elle était, son voisin ne pouvait l’avoir vu s’adonner à cet auto plaisir solitaire. Elle était restée plus de trois heures, dans cet état d’intentions inconscientes ou d’inconscience peut-être intentionnelle. Ces trois heures, passées à vivre virtuellement, une situation impensable, mais où elle avait été placée au premier plan et dont elle avait été une investigatrice attentive et très active, étaient peut-être l’explication à un tel plaisir, jamais égalé jusqu’à maintenant.

C’est alors, qu’assise devant son bureau, le sol encore humide, dû à la bâche qu’elle venait de passer, elle reprit conscience, et se fit la réflexion, qu’elle ne pouvait pas laisser son bureau, ici, à cette place, devant la fenêtre ; sans quoi, elle aurait toujours la vision de cet homme, à demi-nu, en face, sa propre main, ses jambes, ses suées, et cette triste chaise en bois. Heureusement, Julien devait arriver bientôt et il pourrait l’aider à déplacer cet objet de souffrance, son fardeau, ce lourd bureau et en profiter également pour jeter cette sordide chaise en bois. Elle avait tant attendu cette journée, elle espérait tant de cet après-midi avec Julien, de cette nuit tant rêvée, qu’elle voulait que tout soit parfait.

mercredi 11 octobre 2000

ICQ

Marseille, le 11 octobre 2000, il est entre 2h et 5 h du matin.

Voilà encore un soir où il ne dort pas, non pas qu’il ne soit pas fatigué, loin de là. Bien au contraire, il était pourtant mort de fatigue, mais il avait fait l’erreur de se mettre à l’ordinateur et ainsi, il s’était laissé prendre au jeu de surfer un peu sur le Web. Ou plutôt, pour être parfaitement honnête, il était parti voir, sur ICQ, si elle ne lui avait pas envoyé de ses nouvelles, impatient de recevoir un nouveau message de cette fille vivant en Egypte, qui lui avait bien plu, tant dans sa façon d’écrire que pour son enthousiasme. Mais comme à l’ouverture, il n’y avait rien du tout, en attendant que quelqu’un le sollicite, il a ouvert son traitement de texte et les mots lui sont alors venus quasiment tout seuls. Il faut dire qu’il avait déjà eu des idées au matin dans sa voiture et n’ayant pas pris son dictaphone, ces idées n’étaient restées qu’à l’état de pensées non matérialisées. D’ailleurs, il s’était déjà fait maintes fois la remarque de dire qu’il faudrait qu’il prenne le dictaphone pour enregister les idées qui lui venaient en conduisant. Il est vrai qu’il passait tout de même un certain temps dans sa voiture chaque jour et que cet endroit semblait lui être tout à fait propice à la réflexion. Du moins pour ce qui le concernait, il lui était arrivé très souvent d’avoir des idées qui lui venaient comme cela spontanément en doublant une voiture ou en suivant tout simplement la route.

Je ne sais pas où cela va nous mener et ce qu’il va arriver, ni quelle vision nous aurons plus tard, dans quelques mois ou plutôt dans plusieurs années, …, lorsque tout cela sera complètement oublié et que cette brèche ne fera plus partie que du passé. Ce passé que l’on aimera se raconter à l’occasion de douces soirées au coin du feu, lorsque l’on se retrouvera ; car pour sûr, nous resterons toujours en contact et ce quoiqu’il arrive maintenant ou plus tard, et quoique l’autre ne fasse. Et même si cette séparation, qui ne sera, j’en suis certain, que temporaire, peut me sembler bien difficile, peut te sembler bien injuste, je reste malgré tout persuadé qu’elle était devenue plus que nécessaire. Comment faire pour t’oublier, lorsque je sais qu’au fond de moi et malgré moi, malgré toi, je ne le peux pas et surtout je ne le veux pas. Puisque même un simple mini-message envoyé sur mon portable me plonge de nouveau dans ce grand doute et ce terrible désarroi. J’ignorais totalement si ce message venait de toi ou de quelqu’un d’autre, mais à aucun moment il ne m’a semblé envisageable que ce ne soit pas toi qui l’aie envoyé. Et pourtant, si ! Une petite phrase de quelques mots, et je ne tiens plus, je suis comme fou et j’attends avec une impatience non dissimulée que tu m’appelles comme tu l’avais dis. Mais, voilà, cet appel ne vient pas ! Et pour cause, ce n’était pas toi, ce message, ce n’est pas toi qui l’a écrit, ni même qui l’a envoyé. Il m’a fallu quinze longs et interminables jours pour enfin savoir que ce n’était pas toi, mais quelqu’un d’autre. Tu ne peux pas imaginer combien ces quinze jours ont pu me paraître pénibles. Tu imagines, moi qui ai une patience à toute épreuve ne supportant jamais d’attendre plus d’un éclair de seconde, cette fois je me suis même résigné à ne pas te téléphoner, pour savoir.

Pourtant, je m’étais juré de ne plus penser à toi, de peu à peu t’oublier et plus tard, après, une fois que j’aurais enfin accepté cette situation, telle que tu l’as toujours voulu et ce depuis pratiquement le début, reprendre ensuite peu à peu un contact, tout en gardant, naturellement cette fois et sans aucun effort, mes distances et surtout en ayant une toute autre vision que celle que je peux avoir encore maintenant. En effet, il n’était plus acceptable, ni pour toi, comme pour moi, de guetter chacun de nos faits et gestes, d’analyser, dans les moindres détails, chacune de nos phrases ; qui pour toi, s’efforcer de déceler une volonté manifeste, de ma part, de vouloir être avec toi ; qui pour moi, saisir le moindre fait, aussi anodin fut-il, pour mieux savoir estimer quelles étaient mes chances. Simplement, je n’ai pas envie de rester dépendant de toi, de ton appel, de ces messages que tu pouvais m’envoyer. Mais d’un autre côté, puisqu’il semble que tu ne parviennes pas, non plus, à comprendre dans quel désarroi je me trouvais et que je ne pouvais plus du tout supporter que tu me relance dès que je restais trois jours sans te donner de mes nouvelles, alors cette solution m’aie apparu comme une évidence. Le black-out complet et brutal. Aucune explication, pour ne pas avoir à se justifier. Aucune, défaillance ne sera permise. Et cela signifie, que je ne reprendrais contact avec toi que lorsque je m’en estimerais capable. Et pour sûr, je suis encore maintenant loin d’en être capable. Si tu avais vu ma réaction lorsque j’ai reçu ces deux mini-messages !

Si je veux pouvoir te regarder de nouveau, alors il ne faut plus te voir, ou du moins plus avec les même yeux que ceux avec lesquels je te regardais et t’admirais cet été. Si tu veux réellement que nous parvenions à cette relation très forte dont tu parles tout le temps et que tu appelles « amitié », alors je ne vois que cette absence totale de contact. Et malgré tout tu me manque. Je suis en manque de ta bonne humeur quasi permanente, faisant contraste avec ma taciturne bonhomie. Je suis en manque de ton naturel et de cette incroyable spontanéité dont tu sais si bien faire preuve. Je suis en quelques sorte en cours de sevrage de ton regard, de ton sourire, de la vision que je me fais de ton corps. Je suis en manque de nos longues discussions au téléphone, à la terrasse d’un café, au coin d’une table ou encore au bord de la piscine… Vois-tu je ne peux pas te considérer comme une simple amie alors que je te désirais tant et que bien malgré moi, malgré cet effort considérable que j’ai pu faire depuis quelques semaines, je te désire encore et toujours.

Comment se fait-il que malgré tout cela je ne parvienne pas à t’effacer de ma mémoire et ainsi enfin ne plus penser à toi ? Je ne le sais pas ! Je ne pense pas à toi uniquement lorsque je vais mal ou que j’ai des doutes, mais je pense à toi, aussi, et surtout lorsque je vais bien, que je suis heureux de l’instant présent et que je désirerais tant pouvoir partager avec toi ces instants, malheureusement trop brefs, de réel bonheur. Je souhaiterais te faire part de tout ce que j’ai pu ressentir, de tous ces instants qui font que la vie est belle malgré tout. Alors, dans ces moments là, ce cerveau, cet ennemi, trop débordant d’imagination, ne peux pas s’empêcher de travailler et il part en vadrouille et il se met à délirer sur une réalité malheureusement toujours et encore virtuelle, qui pourtant pourrait être au combien plus attrayante et beaucoup plus agréable. Ainsi, même entouré de centaines de personnes, avec une musique assourdissante et pour le moins agréable et entraînante, il m’arrive très souvent, pour ne pas dire trop souvent, de penser à toi. Combien de fois, me suis-je fait la réflexion de dire « quel dommage que tu ne sois pas là » : pour voir ceci ou pour faire cela. Ce que j’aimerais, c’est partager ! Je voudrais tout partager avec toi ! Pourquoi, fais-je une fixation sur toi, je n’en sais strictement rien. Je suis, même encore maintenant, dans l’incapacité de te dire ce qui me pousse vers toi ? C’est l’inconnu parfait ! Tu peux toujours dire que je ne t’aime pas et que c’est pour moi que je veux tant être avec toi. Que c’est, pour me sortir d’une solitude, que je t’ai dis à maintes reprises ne plus parvenir à supporter. Alors, très logiquement, mais un peu hâtivement, tu as cru comprendre que je disais ne plus pouvoir vivre seul. Qu’est ce que cela change d’être avec quelqu’un ou d’être seul, si on se considère seul dans sa tête ? Car cette solitude, dont je t’ai tant parlé, ne disparaîtra pas simplement par le fait d’avoir quelqu’un qui vive dans le même appartement que moi, ou qui partage mon lit. Ce n’est pas cela le plus important. Le plus important, selon moi, est de trouver quelqu’un avec qui tu as envie de tout partager. Quelqu’un avec qui tu aurais envie de vivre le meilleur, mais aussi quelqu’un avec qui tu aurais moins peur de traverser le pire. Tout ces petits riens qui font que la vie est la vie et que chaque jour, même s’il y a une grande répétition, est chaque jour différent. C’est pour tout cela, je crois, que j’aurais tant aimé être enfin avec toi.

Ce que je voulais que tu comprenne, et que je n’ai pas su t’expliquer, c’est que je cherche quelqu’un avec qui j’aimerais discuter de tout et de rien, comme nous avons toujours su si bien le faire. Quelqu’un avec qui je pourrais parler de tous ces mauvais moments de la vie, tous ces passages noirs qui ont fait l’être que je suis devenu, avec ce caractère si particulier que tu connais maintenant si bien. Et partager aussi tes moments noirs, tes doutes et tes inquiétudes, comme tu avais si gentiment commencé à faire. Nous avions su établir un tel climat de confiance que nous en arrivions enfin aux confidences. Il m’était apparu comme une évidence que nous avions beaucoup à nous apporter l’un et l’autre. Je ne te proposais pas une histoire pour toujours, mais j’aurais tant aimé que nous puissions, un instant, le plus longtemps possible, partager nos deux vies pour que ces deux entités ne finissent par ne faire plus qu’une. Et malgré cela, tu peux toujours penser que je ne suis qu’un égoïste, puisque de toute façon quoique je fasse ou quoique je dise, je ne pourrais jamais te convaincre.

Des discussions, pourtant, même si souvent nous les avons, à tour de rôle, chacun, habilement évité, ou encore mieux, détourné ; des discussions, donc, disais-je, nous en avons eu sur ce sujet pénible. Il est vrai que j’ai insisté, et très souvent lourdement, mais c’est peut-être aussi parce que je tenais tant à toi que je ne pouvais me résoudre de n’être qu’un simple ami pour toi.